Une "alliance" avec Nicolas Dupont-Aignan? Réponse à un camarade du Parti socialiste.

Nicolas Dupon-AignanJosseran,

Merci de ton message, il me permettra de mettre les choses au point. Je le fais avec plaisir, d'autant plus que nous avons toujours eu , toi et moi, des relations courtoises et de qualité, ce n'empêche nullement la fermeté. Tu me fais part de ce que tu considères comme étant un paradoxe, le fait de "cartonner à l'envie la majorité PS, dans laquelle par ailleurs je me retrouve à chaque élection." Je suis un peu surpris, je ne te le cache pas. Au regard de ce qui se passe au sein du PS, je n'ai pas le sentiment de "cartonner" de façon particulièrement violente.

Que le MRC ait des analyses différentes sur bien des points avec le PS, ce n'est pas une nouveauté et c'est d'ailleurs pour cela que je l'ai quitté en 1992. Mon départ de l'époque s'est fait sur deux grands choix, à mes yeux fondamentaux et qui expliquent notamment (pas uniquement) la situation d'aujourd'hui.

-Tout d'abord le refus de la guerre du Golfe en 1990-91. Cette guerre se révéle dans ces conséquences sur le long terme, absolument catastrophique. Non seulement elle illustre la fin de "la politique arabe de la France" mais elle a ouvert la porte au démembrement de l'Irak et à l'exacerbation de l'islamisme le plus radical.

-Ensuite, 1992 le combat fondateur contre le Traité de Maastricht qui illustrait en fait, l'acceptation par nos élites dirigeantes de couler la France et la République avec elle, dans le moule de la mondialisation néo-libérale. La monnaie unique devenant l'instrument implacable de l'ordre dominant et de la mise à bas des systèmes sociaux et des services publics. Fondamentalement de "gauche", fondamentalement "républicain" profondément attaché à l'idée de la République sociale et de l'articulation de la question sociale avec la question nationale, la lutte contre Maastricht était à mes yeux une priorité absolue.

Déjà à l'époque, venant de mon propre camp on m'insultait: "nationaliste", "fasciste"... Mais nous avions fait l'analyse du traité et nous avions bien vu que c'était une véritable machine de guerre contre toute politique sociale. Les Français l'ont adopté, et tu remarqueras que depuis cette époque, les extrêmes droites n'ont cessé de reculer, que le plein emploi est à l'ordre du jour, que le progrès social va de l'avant, que les écarts de richesses n'ont jamais été aussi faibles...Pardonnes moi cette ironie, mais elle me semble moins cruelle que la réalité.

La transformation de la promesse républicaine en "concurrence libre et non faussée" ainsi que le refus du vote du 29 mai 2005, reste dans le pays et pour le pays, un traumatisme politique profond et une fracture qui se vérifie chaque jour. Ce vote du 29 mai étant par ailleurs la démonstration que le séisme du 21 avril 2002 ne devait strictement rien au hasard et encore moins à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. On a tenté de lui faire porter la responsabilité d'un désastre politique qui en réalité s'inscrivait dans la longue durée lié aux choix politiques de 1983 et du tristement célèbre "tournant de la rigueur".

Ce dont j'ai une conscience aiguë, c'est que notre échec de 2002, échec à faire le "Pôle républicain", c'est à dire une capacité à proposer au pays un outil politique capable de porter une perspective politique de redressement républicain et de progrès social, tout en affirmant l'indépendance de la France au service de la construction d'un projet européen pour les peuples; cet échec a ouvert un espace politique dans notre pays, qui faute d'être occupé par une perspective sociale et républicaine, l'est aujourd'hui par le FN.

Sur ce point les postures "morales" du genre: "le FN c'est pas bien,"  ne seront d'aucune efficacité. Dès 2002, les contradictions politiques, entre la construction européenne d’inspiration fédérale et néo-libérale et l’exercice de la souveraineté nationale indispensable à la réalisation de la promesse républicaine, apparaissaient déjà au grand jour. Il fut décidé de ne pas en tenir compte et de continuer à ne pas voir l’accident qui venait d’arriver et la catastrophe vers laquelle nous nous précipitions. Il fallait « sauver la République » du FN alors que ce dernier n’était (et n’est toujours) que le révélateur de cette contradiction fondamentale. 

Tournant libéral de 1983, traité de Maastricht de 1992, 1er tour des présidentielles du 21 avril 2002, non à la Constitution européenne du 29 mai 2005, Traité d’austérité (TSCG) de 2012, on ne peut qu’être frappé par la proximité de dates qui ne doivent rien au hasard. Il y a un lien étroit entre ces événements et la situation politique actuelle qui voit la progression apparemment inexorable du Front National. Depuis, nous sommes dans l’impasse. Impasse politique, impasse historique, impasse économique, impasse sociale, impasse culturelle. Et comme le peuple n’accepte pas que sa souveraineté soit bafouée, il se rappelle au bon souvenir de ceux qui l’ont trahi et le font souffrir. Il y a une dimension de vengeance dans son vote en faveur du Front National.

Quant à Nicolas Dupont-Aignan, je n'ai aucun souvenir d'avoir jamais appelé à une "alliance." Un dialogue oui, il est même nécessaire, mais également avec le PCF, le Front de Gauche, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon, celles ceux du PS qui le voudront bien...Pourquoi oublier tout ceux là dans le dialogue que nous voulons entamer?

Comme j'ai pu l'écrire, avec d'autres (MRC-PCF- Parti de Gauche-Debout la France), dans une tribune parue récemment sur le site de Marianne,Nous pensons, que c'est encore dans le cadre de la Nation que s'exerce la démocratie et que les Nations restent les moteurs de la vie politique et des relations internationales. Cela n'exclut en rien la possibilité de politiques communes et de coopérations internationales, bien au contraire. Mais force et de constater que si nous ne parvenons pas à regagner des marges de manœuvres politiques rendant aux peuples la capacité de reprendre en main leur destin, les pires dérives seront à craindre."  (...) Ensemble, nous considérons que la question de notre souveraineté, conditionne notre capacité à reprendre le chemin du progrès social et de mettre en œuvre la promesse républicaine et d'émancipation citoyenne. Qu'y a t-il de droitier, de conservateur, voire de réactionnaire si ce n'est de néo-fascisant dans de telles affirmations..?

Nous devons également nous interroger sur la nature de notre relation avec le peuple. Cette question est également déterminante dans la mesure où il nous faut apporter des réponses aux questions que se posent nos concitoyens sur leur vie quotidienne.

De celle-ci, les Français ne cessent de dire que les militants politiques ne la connaissent pas. La réalité du « descenseur social », que traduisent les restrictions du pouvoir d’achat, le niveau bas des salaires, la préoccupation sur les retraites et surtout sur l’emploi, l’éducation des enfants est maintenant intégrée dans la conscience des Français. Et, dans cette conscience qu’ils ont de l’affaissement de notre pays, il y a la conscience du rôle de l’Europe telle qu’elle nous a déconstruits en se construisant dans l’harmonie avec l’ordre mondial libéral. 

C’est sans doute pourquoi les Français et la Nation sont taraudés par des questions et des angoisses identitaires, culturelles et sociales qui sont réelles. Il faut impérativement se saisir de ces préoccupations qui deviennent majeures. Ce sentiment d’insécurité culturelle, décrit par Laurent Bouvet, est très étroitement articulé à l’impression que l’ensemble des «élites», les méprisent profondément, que ces mêmes élites ne croient plus ni à la Nation ni à la République. Or les Français y sont très attachés, on a pu le mesurer le 11 janvier dernier.

A cela s’accompagne la peur du déclassement, social, économique et culturel. La machine à «désintégrer» tourne alors à plein régime avec toutes les conséquences politiques que cela engendre. Le Front National est un mouvement qui sous couleur d’élan collectif fonde en réalité son emprise sur le ressentiment individuel, cette perversion du principe d’égalité qui crée l’envie du voisin un peu mieux loti, la dénonciation de l’ «assistanat». Or le peuple français ne peut se penser sans une projection de lui-même en direction de «l’universel». Ce point déterminant est-il toujours d’actualité ? Autrement dit la France et le peuple français ont-ils toujours un rôle historique à jouer dans le monde ou sommes-nous en train de sortir de l’histoire pour reprendre la question de Jean-Pierre Chevènement ?

Un tel chantier indique clairement notre volonté de participer à la construction d’une nouvelle perspective politique qui s’adressera au pays dans son ensemble afin de mettre sur pied un programme de «redressement national» ou de «Salut public», peu importe le nom qu’on lui donnera. N'y a t-il pas là, cher Josseran, des enjeux qui nous dépassent? Qui vont bien au delà de quelques petits enjeux d'appareils et électoraux, même si ceux-ci existent et ne sont pas toujours méprisables. Je suis persuadé que tu seras d'accord avec moi pour penser que ce débat est nécessaire. Il devient même vital, alors encore une fois, n'ayons que la simple ambition de servir encore et toujours notre pays et la République. La seule satisfaction de faire son Devoir est déjà une source de bonheur.

Fraternellement,

Claude.

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