Claude NICOLET

Le site de

Jean-Yves AutexierDe gauche à droite sur la photo: David Bailleul, Michel Delattre, Jean-Yves Autexier, Claude Nicolet et Christian Hutin.

Mais que faut-il faire pour sortir les Etats membres de l’Union Européenne et leurs citoyens de ce marasme économique ? A-t-on raison de céder à la dépression ambiante ?

S’il y a bien un homme qui vous dira le contraire, c’est Jean-Yves Autexier, ancien parlementaire et fondateur du think thank Res Publica, fondation de recherche reconnue d’utilité publique travaillant sur l’avenir de la zone euro, la nécessité d’un système monétaire international repensé ou encore la crise internationale. Aujourd’hui membre du Conseil scientifique du think tank, il prêche la bonne parole auprès du Mouvement républicain et citoyen (MRC). Selon lui, il ne faut pas céder aux sirènes de la morosité : « Le pessimisme n’a pas d’avenir ». Europe Créative l’a rencontré, à Dunkerque, où il tenait une conférence de presse au siège du MRC Dunkerque-Littoral, le 13 mai dernier.

Dans un contexte social difficile, que ce soit en France comme ailleurs en Europe et dans le monde, l’heure est à la morosité économique. N’est-ce pas utopique de dire que « le pessimisme n’a pas d’avenir » ?

Jean-Yves Autexier : « Il y a des contraintes à lever, c’est indéniable, pour surmonter la crise. L’euro tel qu’on le connait est mal conçu. Et je ne compte même plus les lézardes que l’on découvre dans le traité de Maastricht qui accentue les inégalités entre Europe du Nord et Europe du Sud. C’est toute l’architecture de la zone euro qui doit être revue. L’UE doit articuler la sortie de la monnaie unique vers une monnaie commune. Dans le système que l’on connait aujourd’hui, il n’y a aucune possibilité d’amortissement.

Alors qu’en cas de crise asymétrique, il faut au contraire un taux de change fixe mais ajustable. Ça ne signifie pas la fin d’une solidarité européenne. L’euro subsisterait comme monnaie de référence dans nos échanges avec l’extérieur, comme ce fut le cas avec l’ECU, mais des monnaies nationales – euro-franc, euro-mark, euro-drachme par exemple – seraient reliées par des parités fixes mais ajustables à l’euro. Nous avons derrière nous 30 ans d’erreur : un conformisme qu’il faut secouer.

A l’époque de Maastricht, certains précurseurs s’en étaient aperçus déjà. Le chancelier Schroeder disait : « C’est mal foutu ce système ». Chevènement et Seguin aussi l’avaient vu. En 1992, j’étais dans le camp du « non ». Maastricht a, selon moi, créé un système où les uns se projettent contre les autres, puisque leurs intérêts sont contraires. La France a besoin d’emploi quand l’Allemagne a besoin d’économie pour payer ses retraites dans un contexte démographique en baisse.

La bonne architecture serait une monnaie commune capable d’être étendue aux 23, avec une parité fixe mais ajustable. C’est ce que Schroeder appelait « l’amortisseur ». On ne vit pas la même vie dans chacun des pays européens. Un euro n’a pas le même impact partout. Dans un système de monnaie commune, on pourrait se permettre, dans le cas de la crise grecque par exemple, de fermer le marché financier le vendredi, de réunir tous les ministres pour amortir le taux de change et repartir stable le lundi.

Aujourd’hui, puisqu’aucun amortissement n’est possible par des jeux de taux de change, il ne reste plus que la dévaluation interne aux pays membres, c’est-à-dire la baisse des salaires. On pourrait modifier tout ça. Mais dans les couleurs de l’UE, il y a comme une chape de plomb, parce qu’on ne veut pas revenir sur 30 ans d’erreurs. Mais il faut tenir bon et tous les maux seront réversibles. »

Réversibles ? La résolution de la crise financière parait plus compliquée que ça, non ?

J-Y. A. : « Tous les malheurs qui nous frappent sont bel et bien réversibles. La zone euro est en dépression, mais pas le monde. Partout, les gens entreprennent. La créativité est à son maximum. Vous devez bien le constater vous-même : de partout il y a des initiatives et des gens qui en veulent. Dans ce tableau, l’Europe bloqué par le traité de Maastricht fait figure d’idiot du village mondial. Un ventre mou sans ambition. La fondation Res Publica a commandé une étude à une équipe d’économistes et d’économètres de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Nous voulons cerner la faisabilité d’un « plan B » pour l’euro : en cas de crise majeure en Espagne, les mécanismes de solidarité seront débordés. Il est donc sage d’étudier dès à présent les autres voies disponibles.

Les Etats membres perdraient leur crédibilité s’ils lançaient des études sur l’alternative à la politique qu’ils mènent. Mais nous, nous pouvons le faire. Cette étude recherchera les conséquences sur notre économie d’un scénario de transformation de la monnaie unique en monnaie commune. L’étude analysera les conséquences de ce scénario pour les finances publiques : le droit applicable à la dette étant celui du pays contractant, les remboursements se feront-ils bien en monnaie nationale ?

Les conséquences sur les grands équilibres économiques : évaluation des ajustements de change avec le dollar, le yen et le yuan d’une part, avec l’euro-mark d’autre part, niveau attendu d’inflation, améliorations attendues de la balance commerciale, répercussions sur l’investissement. Des études plus précises porteront sur les conséquences sur quelques grands secteurs industriels, dans l’automobile notamment. Le résultat devrait être connu fin juin ou début juillet. Il sera rendu public et soumis à l’examen critique des économistes, des responsables politiques et de la presse.

Qu’en est-il de la France et de son importante dette publique ?

J-Y. A. : « Avec le MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), nous voulons créer un mouvement populaire qui secouera le carcan dans lequel on se trouve, ce qui nous amènera à une phase deux du quinquennat Hollande. Un renouveau s’impose et j’espère qu’on y aidera. Au sein de l’UE, ce n’est pas la force de l’Allemagne mais bien la faiblesse de la France qui constitue notre retard. Pour régler cette situation, il faut faire du neuf en France.

D’où viennent nos malheurs ? La dette publique s’est formée quand la Banque de France n’était plus en mesure de prêter à l’Etat. Pour autant, 65% de notre dette est détenue par des instances étrangères, c’est bien qu’il y a moyen d’user du chantage. Il faut, au contraire, passer du pôle étranger, source d’inquiétude, au pôle national, source de confiance. La dette est donc réversible.

Cette situation économique, telle qu’on la connait, est-elle grave ? Si on compare à la dette de la Grande-Bretagne qui est à 6%, nos 3,7% sont un moindre mal. La limite des 3,5% d’endettement public fixée par Jacques Delors a été imaginée parce qu’il fallait s’arrêter sur un chiffre. Mais c’est prendre le risque que le remède tue le malade. Il n’y a rien de catastrophique.

Le déficit commercial, lui, est plus préoccupant. L’industrie française, c’est 13% de la valeur ajoutée. En Allemagne, ils sont restés à 30%. Nous sommes passés en France de 5 à 3 millions d’emplois industriels. On a franchi la ligne rouge, c’est une véritable chute libre. On paye aujourd’hui le prix de l’idéologie post-industrielle de la fin des années 80. On chantait les cols blancs, on disait que l’avenir était aux services et que l’industrie sale était finie. C’était la fin des cols bleus. Les Allemands, eux, n’ont pas cru à ces bobards et ont misé, au contraire, sur le développement des PME-PMI là où, en France, on ne jure que par le CAC 40. Nos problèmes sont bien dans l’industrie.

Et le redressement de notre pays passera par une politique industrielle forte. D’autant plus que nous avons un autre atout : notre épargne à 17% est colossale quand on la compare à celle d’autres pays, ils sont à 2% par exemple aux Etats-Unis. Tous nos maux sont réversibles, j’y crois dur comme fer.

Propos recueillis par Virginie Wojtkowski