Claude NICOLET

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La « gauche » ou ce qu’il en reste fait à peine plus de 25 % dans le pays. L’objectif, électoralement parlant, ne peut donc être celui-là. En revanche, il est essentiel pour lui d’être présent au second tour.

Pour cela :

Il est indispensable de maintenir l’éclatement d’une gauche moribonde pour laquelle il n’a que mépris et de conserver l’initiative tactique et stratégique, de la maintenir sous pression et sous influence.

De poursuivre l’émergence et la structuration d’un « vote musulman » identitaire et religieux au risque des pires alliances. Le ciment de cette opération, c’est l’antisémitisme masqué de plus en plus difficilement par un antisionisme lui permettant de faire la jonction avec divers mouvements au nom de l’anticolonialisme et du « décolonialisme » allant des Indigènes de la République jusqu’au PCF, voire d’une partie du PS en passant par des organisations violentes et séditieuses comme la Jeune garde, sans oublier toute une mouvance associative sociétale désormais aux ordres.

L’introduction du religieux, c’est-à-dire l’Islam, dans la sphère politique est également un moyen pour LFI de compléter son dispositif. Défense du voilement des femmes, de l’abaya, refus de soutenir Boualem Sansal ou Kamel Daoud, promotion du concept frériste « d’islamophobie », remise en cause de la laïcité, défense du Hamas et des alliés de l’Iran… les exemples sont nombreux.

C’est également, par exemple, les offensives de LFI contre les banquets du Canon français qui incarneraient l’inverse de la « nouvelle France ».

Il convient donc de les « fasciser » pour en faire surgir l’essence qui serait profondément nocive et dangereuse. Révélant selon LFI la nature raciste, « islamophobe », néocolonialiste, réactionnaire, nauséabonde de l’identité française qu’il convient dès lors de modifier, de transformer car elle porterait en elle-même, intrinsèquement, le péril fasciste.

Autrement dit, la France est fasciste, il convient donc d’en éradiquer le germe et, pour ce faire, seule une révolution le permettrait.

Non seulement politique, mais également anthropologique. C’est ce que Jean-Luc Mélenchon appelle « le grand remplacement, celui naturel des générations… » Mais personne n’est dupe. En particulier quand madame Rima Hassan fustige la direction de LFI la considérant comme « trop blanche ». La place donnée à « la race » est d’ailleurs symptomatique de ce renversement copernicien dans le discours politique français à l’initiative de LFI.

Le grand combat des républicains, en particulier de la gauche républicaine, fut celui de l’articulation de la question sociale et de la question nationale. C’est notamment grâce à ce creuset (certes imparfait) que la France a pu tenir en 14-18 et que s’est forgé le cœur de la Résistance française entre 1940 et 1945, permettant au CNR d’exister et de bâtir son programme.

C’est la grande tradition de Jaurès qui voulait réaliser « les noces de la classe ouvrière et de la nation ». C’est ce patriotisme républicain, auquel même un homme comme Maurice Barrès avait fini par accorder quelques vertus, que le général de Gaulle, alors qu’il n’en venait pas, avait parfaitement compris et qui permettait d’unir un peuple si disparate que le peuple français. C’est cela que LFI veut faire disparaître aujourd’hui et abattre si nécessaire.

Mais LFI a fait le constat que la « social-démocratie » française ainsi que la droite qui se réclamait du gaullisme avaient depuis longtemps, notamment pour « faire l’Europe » plutôt que pour « faire France », abandonné les milieux populaires et ouvriers qui se sont très massivement tournés vers le FN puis le RN. Dès lors, la matrice républicaine devenait une coquille vide, trahissant ses promesses.

Les alertes, les mises en garde, les propositions d’hommes comme Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin il y a maintenant plus de 35 ans, furent moquées, brocardées et ils furent accusés de tous les maux de la Terre. Hélas !

L’affirmation raciale est devenue une détermination politique qui remplace la notion de « classe sociale ». Ce bouleversement qui va à l’encontre de toute la tradition politique républicaine française et de sa volonté d’émancipation des individus est une rupture ontologique dans notre histoire. C’est une rupture avec l’idée républicaine elle-même, l’idée d’être Français. Une façon d’être au monde, une culture, une civilisation.

Cette rupture ne peut rester sans conséquences sur la façon de concevoir l’action politique, y compris le recours à la violence, dès lors que le « front de race » remplacerait le « front de classe ». Cette rupture contient également en elle-même des régressions majeures. La race, l’ethnie, la croyance, l’appartenance religieuse deviennent les déterminants essentiels de ce que nous sommes ou serions et nous ne pouvons y échapper parce que ce sont d’abord eux qui nous déterminent et deviennent les véritables agents de l’Histoire. Dès lors la notion même d’unité nationale, de peuple souverain devient caduque. En effet, l’idée de peuple français partageant une identité commune dont la définition est politique serait subordonnée à d’autres catégories qui seraient raciales, ethniques ou religieuses. Le danger est déjà là puisque de nombreuses études soulignent d’ores et déjà que dans les jeunes générations, nombreux sont ceux qui considèrent que les lois d’Allah doivent primer sur les lois de la République.

La structuration d’un « vote musulman » sous influence frériste scelle donc l’alliance avec l’islamo-gauchisme, condition de la mise sur pied des outils et des leviers révolutionnaires et anthropologiques indispensables à la Révolution.

La culpabilisation permanente du « mâle blanc hétérosexuel de plus de 50 ans », synthèse et symbole de l’ancien monde à abattre, fait bien évidemment partie de cette offensive idéologique et le « racisme anti-blanc » est une invention des « fascistes » puisque le « blanc » est par essence suspect, un oppresseur coupable des pires crimes.

LFI l’a déjà annoncé notamment par l’intermédiaire de madame Panot : « Nous n’accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen » (février 2026).

Jean-Luc Mélenchon avait déjà quant à lui déclaré que le 3ᵉ tour se déroulerait dans la rue si nécessaire.

L’accès au second tour est donc indispensable afin de refuser une éventuelle victoire du RN alors que cette victoire est également indispensable à la mise en place de cette stratégie révolutionnaire et anthropologique qui porte en elle d’immenses dangers.

Cette tenaille identitaire est un danger mortel pour la République. Il n’est désormais plus temps de discuter du sexe des anges alors que le péril est à nos portes. Refuser de le voir serait une irresponsabilité supplémentaire. Il s’agit ni plus ni moins que de l’avenir de la République et de l’idée que nous nous en faisons. C’est-à de la France et de ce qu’elle est et de ce qu’elle propose au monde. Les querelles subalternes sont indignes et concourent à la désespérance nationale.

Plus que jamais un programme de salut public s’impose. Il n’hésitera pas à remettre en cause les scléroses, les normes, les entraves (y compris européennes), les privilèges, les inégalités sociales, le travail, les salaires, la sécurité, l’immigration, l’enseignement, les freins à l’entreprise, à la recherche, à l’innovation, à l’industrie. Nécessaire ambition nationale et surtout ne cesser avec la honte française.

Claude Nicolet
Ancien conseiller régional Nord Pas-de-Calais
Ancien adjoint au maire de Dunkerque
Président de la Nation citoyenne